Une polémique bien inutile ... et l'état d'avancement des recherches.

Il est parfois difficile de contenter toutes les parties en présence ! A noter toutefois que nous n'avons personnellement reçu aucune critique concernant les documents présentés, leur analyse et leur interprétation générale. Hormis quelques menus détails à reprendre sous forme d'un erratum, le "droit de réponse" prévu à l'onglet "échanges" reste donc toujours vierge. 

C'est le chiffre des pertes allemandes qui continue à faire polémique et donne lieu à de curieuses déclarations dans la presse (rien ne nous est objecté directement) ... et à une critique hypocrite inattendue : les révélations de notre travail de recherche historique seraient choquantes

"Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées." Le Tartuffe, III, 2 (v. 860-862) ..." 

Le tout dans un article au ton de tribune auquel nous nous devons de répondre.

Nous restons pantois devant les déclarations de l'association qui estime "qu'on ne saura jamais officiellement [c'est moi qui souligne] combien de combattants allemands ont participé à la bataille de Viombois" !

Comment imaginer qu'une démarche "avec le ministère de la défense allemand" aurait pu aboutir à la production d'un papier prétendument officiel et définitif ? C'est bien méconnaître le cheminement de la vérité historique ... et le difficile travail en archives. De plus une démarche historique scientifique n'est jamais définitive car potentiellement réfutable à la lumière de nouveaux éléments.

Au contraire, il semble utile de préciser qu'un "nouvel" ancien de Viombois s'est manifesté suite à la sortie du livre. A sa demande, son nom n'est pas dévoilé, mais il a totalement confirmé la cohérence entre ses impressions et "Viombois 4 septembre 1944 ..." Pas de grande bataille, beaucoup d'imprudences et d'improvisations malheureuses lors de la journée du 4 septembre. Ainsi, nous avons parfaitement compris les raisons qui l'ont fait s'éloigner, dès 1945, de commémorants dont le ton s'éloignait de ses souvenirs. 

Quant-aux "rancoeurs de l'après-guerre", elles témoignent de la difficile écriture de l'Histoire et ne sauraient être écartées d'une démarche historiographique. Pourquoi taire les manipulations qui ont forgé un mythe, désigné d'innocents boucs-émissaires et fait taire autoritairement toute contradiction ? Mais nous nous éloignons ici de la question des pertes allemandes.

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Notons tout d'abord que les chiffres de 134 morts et 182 blessés côté allemand n'apparaissent plus, ni dans les discours officiels de l'amicale ni sur ses supports virtuels. (ex : www.resistancealsacevosges.fr). C'est une avancée importante. Par contre, une véritable omerta plane sur Viombois : plus de chiffres mais l'affirmation morale d'une volonté de "respecter les dires de ceux qui ont vécu cette bataille". Pas de chiffres, donc plus de critique possible ? Est-il gênant de révéler que le nombre exact n'est pas parfaitement cerné mais qu'il est différent du bilan "ex-officiel" ? Au nom de la Mémoire, il conviendrait maintenant de se contenter d'une pieuse lecture de la Doxa, contradictions éventuelles à dépasser au titre de la diversité bien compréhensible des pierres apportées par chacun ? Les textes seraient figés et tout examen trop critique constitutif d'une atteinte caractérisée à la Parole ? Cette imprécise autant que définitive liste canonique ne comprend probablement pas JM GEOFFROY, historien précoce mais non témoin direct. Par contre nous doutons que le témoignage, à charge, d'Oscar GERARD soit compatible avec cette cristallisation de l'Histoire.

Reprenons notre argumentation, qui n'a rien de définitive mais résume l'état actuel du dossier :

- quatre jeunes soldats allemands retrouvés et identifiés, tués le 4 septembre, initialement inhumés par leurs camarades à Badonviller puis transférés à Reillon.

- à leurs côtés à Badonviller, le cas KAN Gelly (5 septembre 1944),  non  transféré et qui pourrait (?) correspondre [vérifications faites, c'est bien lui => ce qui prouve, au passage, que les corps relevés le 5 septembre ont été dirigés sur Badon ...] au FFI Alphonse JELLY. Aucun autre Allemand reposant initialement à Badonviller (une soixantaine, tués en 1940 mais aussi en novembre 1944 et ... en captivité après guerre) n'a été tué à Viombois.

- un Hitler Jugend (KELLER) de 15 ans, inhumé (seul) à Colmar puis transféré à Bergheim.

- trois témoignages d'officiers allemands évoquent la journée du 4 septembre, le plus précis mentionne une dizaine de morts allemands et une vingtaine de blessés. C'est ce chiffre que nous privilégions car il est, de plus, le plus crédible pour une présence d'environ 200 Allemands du 91. Flieger Regiment.

- ces trois officiers ont été séparés dans les derniers mois de la guerre, capturés et interrogés séparément, sans aucune possibilité de se concerter, et qui plus est l'un par la Sécurité Militaire Française (Major KOCH), un autre par les services spéciaux américains (Oberstleutnant DERNBACH) et le dernier en avril 1944 par les Anglais (Leutnant SPECK).

Par conséquent, nous avons la quasi-certitude qu'il reste encore une dizaine, peut-être un peu plus, d'Allemands à retrouver. Ne serait-ce que le motocycliste abattu sur la route de Neufmaisons et quelques soldats de la patrouille accrochée par Jean-Serge. A ce propos, un corps aurait été relevé en 1966, lors de travaux routiers en contrebas de la ferme. 

La piste du cimetière provisoire de Baccarat, parfois évoquée, s'est révélée sans fondement pour le 4 septembre : ce sont des Allemands tués en 1940 ou après octobre 1944. Liste disponible sur demande.

Il reste bien entendu un certain nombre de tombes allemandes des nécropoles de Reillon et Andilly estampillées "4 septembre 1944". Elles correspondent pour la plupart à d'autres lieux de combats 'Pont à Mousson, Sennecey le Grand ...), quelques unes restant, à ce jour, sans indications, mais rien ne permet de les relier à Viombois. 

A suivre, l'enquête continue !